Historique
Le terme de genre n'est apparu qu’au 20ème siècle, pourtant la notion d’identité de genre existe depuis beaucoup plus longtemps.
Il peut être utile de rappeler qu’au 19ème siècle les conventions et les règles à respecter en société étaient beaucoup plus strictes qu’elles ne le sont de nos jours ; ainsi l’exemple de Rosa Bonheur qui, pour des raisons pratiques, désirait s’habiller en pantalon et qui devait pour cela obtenir, après consultation d’un médecin, une « autorisation de travestissement » du Préfet de Police, à renouveler tous les six mois.
Au 19ème siècle, le médecin Havelock Ellis crée le mot « éonisme », d’après le nom du chevalier Charles-Geneviève d’Éon de Beaumont qui travaillait dans le service de la diplomatie du roi Louis XV et qui, afin de mener à bien ses missions, se transformait en femme jusqu’au jour où il dut devenir Melle Lia de Beaumont définitivement.

Le
chevalier d'Eon et Melle Lia de Beaumont
Au milieu du même siècle, Karl Heinrich Ulrichs déclarait son homosexualité publiquement et inventait le terme « uranismus » (uranien) pour désigner les personnes homosexuelles, bisexuelles et transsexuelles.
Puis, au début du 20ème siècle, Magnus Hirschfeld, chercheur en sexologie, crée le terme « transvestisme ». Il a également inventé le terme « transsexualisme » en 1923, soit 26 ans avant que Cauldwell ne l'utilise, bien que ce dernier soit considéré comme étant le créateur du terme dans la majorité des textes. M. Hirschfeld fut le premier à comprendre et permettre les interventions chirurgicales sur des personnes transsexuelles. Dans ses travaux, comme dans ceux de K. H. Ulrichs, l’homosexualité et la transsexualité ne sont pas dissociées, bien que M. Hirschfeld ait étudié beaucoup de cas de personnes hétérosexuelles.
Au milieu du 20ème siècle, le docteur Harry Benjamin est le premier à dire que la psychanalyse ne peut rien pour les transsexuels et il se déclare prêt à accéder à la demande de transformation corporelle de certains transsexuels. En 1951, les médecins Christian Hamburger, Georg Sturup et Dahl Iverson opèrent George-Christine Jorgensen. G. C. Jorgensen est alors la première personne à avoir changé de sexe reconnue non seulement par le public mais encore par le monde médical.
Aujourd’hui encore, la communauté transgenre et les médecins ne s’entendent pas sur les termes à utiliser. Cependant, certaines notions sont à présent acceptées et il semble que tous s’unissent pour utiliser certains termes plutôt que d’autres. Mais le sens de ces mots, le concept particulier que chacun désigne, n’est pas encore fixe et des désaccords persistent.
Arborescence
Nous avons réalisé notre arborescence en partant de l’identité sexuelle, que nous avons divisé en deux : le sexe d’une part, qui regroupe les caractéristiques sexuelles biologiques d’un individu, et le genre d’autre part. Le sexe peut être divisé en plusieurs parties. Nous n’en avons retenu que trois : le sexe psychologique, directement lié avec le genre, le sexe anatomique et le sexe chromosomique. Ces deux derniers sont reliés au terme « intersexuel », nous expliquons plus tard pourquoi. Le genre quant à lui, est divisé en trois parties, la première étant l'orientation sexuelle, avec pour exemples la bisexualité, l’hétérosexualité et l’homosexualité. L’orientation sexuelle est une caractéristique du genre. Un homme transgenre attiré par les femmes ne se considère pas comme homosexuel ; certes son sexe biologique est féminin, mais son genre est masculin, il se considère donc comme hétérosexuel. La deuxième partie liée au genre est l'expression du genre, que nous avons choisi de ne pas développer ici. Enfin, la troisième partie est l'identité de genre et c’est là que notre sujet devrait réellement commencer, mais nous avons jugé préférable d’inclure les termes précédents afin de faciliter la compréhension du sujet.
Chaque personne est soit cisgenre, soit transgenre, soit intersexuelle. Le terme cisgenre a été inventé en 1995 par Carl Buijs, un transsexuel FTM hollandais ; au début contesté par la majorité des associations pour les personnes transgenres, il semble qu’il soit à présent en voie d’acceptation. Le cas de la personne cisgenre est facile à comprendre, puisqu’il est le plus répandu. Il s’agit d’une personne dont le sexe biologique correspond au genre. Le cas de la personne transgenre est également simple à comprendre grâce à la définition qui précède, puisqu’il s’agit du contraire, c’est-à-dire d’une personne dont le sexe biologique et le genre ne sont pas en accord. Le cas des personnes intersexuelles est un peu plus délicat. En effet, ayant un sexe qui appartient aux deux catégories (femelle et mâle) les plus fréquemment rencontrées, comment dire si leur sexe est, ou non, en « harmonie » avec leur genre ? Ils ne peuvent donc être considérés ni comme étant transgenre ni comme étant cisgenre. C’est pourquoi nous avons choisi de placer ce terme dans notre arborescence en tant qu'hyponyme d'identité de genre tout en le liant avec le sexe anatomique et chromosomique. Cependant, il est possible de relier les intersexuels à beaucoup d’autres types de sexes que nous n’avons pas fait figurer ici, comme le sexe juridique. Il existe plusieurs types d’intersexualités qui ne sont pas toutes dues aux mêmes phénomènes. Les syndromes de Turner (X0) et de Klinefelter (XXY, XXXY ou encore XXXXY - cette liste n’est pas exhaustive) par exemple, sont chromosomiques.
Les personnes transgenres peuvent être soit transgenre femme vers homme (ou FTM) soit transgenre homme vers femme (MTF) et être ce que les anglophones appellent full-time ou part-time. Pour l’instant, il n’existe pas d’équivalent en français pour ces termes. Cependant nous pensons qu'ils pourraient être traduits par « à temps plein » (full-time) et « à temps partiel » (part-time). C'est pourquoi nous utilisons ces termes dans ce dictionnaire. Il est important de préciser qu’un transgenre à temps partiel peut devenir un transgenre à temps plein et, en théorie, inversement, bien que ceci arrive plus rarement.
Parmi les transgenre à temps partiel, nous avons distingué les transformistes des travestis. Les drags sont des transformistes qui caricaturent les stéréotypes liés aux sexes. Ce sont soit des drag queens (quand ils sont MTF) soit des drag kings (quand ils sont FTM). Nous avons considéré que drag est un hyponyme de transformiste, cependant nous n'avons pas trouvé d'autres hyponymes. Il en est de même pour travestis : le seul hyponyme que nous avons trouvé est travesti avancé. Les travestis peuvent donc être des travestis avancés, et dans ce cas, il est difficile de dire avec précision s’ils sont des transgenre à temps partiel ou à temps plein. Il est plus correct de dire qu’ils sont des transgenres à temps plein ; on peut donc les considérer comme étant transgendéristes. Cela explique le fait qu'ils soient liés à la fois à travesti et à la fois à transgendériste. Les transgendéristes font partie des transgenres à temps plein. Ils sont soit travestis avancés comme nous venons de le voir, soit angrogynes, soit transsexuels non-opérés (non-ops). En effet, les personnes transsexuelles non opérées ne souhaitant pas se faire opérer peuvent être considérées comme transsexuelles mais aussi comme transgendéristes puisqu’elles vivent soit dans les deux genres les plus répandus (homme et femme) soit dans aucun de ces deux genres. Les autres transgenres à temps plein sont donc les transsexuels. Il faut comprendre la différence entre transgendériste et transsexuel qui se situe surtout dans le regard que la personne porte sur elle-même. Se vit-elle totalement dans l’identité revendiquée ou dans une ambivalence un peu plus prononcée ? Les transsexuels suivent généralement un traitement hormonal ; lorsqu’ils n’ont pas encore subit d'opération de réassignation sexuelle, ce sont des transsexuels pré-opératoires, qu’on appelle pré-ops, et après l’opération, ce sont des transsexuels post-opératoires, appelés post-ops.
Enfin, nous avons inclus le terme transphobie, terme qu’il n’était pas possible de laisser de côté tellement les actes de violence envers les transgenres sont à la fois fréquents et barbares. Nous avons donc ajouté le terme phobie que nous avons lié à l’identité sexuelle et au terme transphobie.