Difficultés

  1. Comprendre et cerner le sujet !

Notre plus grand problème a été de comprendre notre sujet. Nous avons fait l’erreur de commencer à chercher des textes dans lesquels figuraient un certain nombre de candidats termes pour notre dictionnaire. Nous avons ensuite essayé de faire les premières arborescences ; certaines idées étaient bonnes, mais nous n’arrivions pas à tout regrouper dans une seule arborescence et certains candidats termes nous posaient réellement problème, puisque ils ne trouvaient pas leur place.

Le seul moyen de résoudre ce problème était de repartir de zéro et de cerner notre sujet afin de réduire le nombre de termes. Cela s’est montré plus difficile que nous ne l’avions crû. Nous avons donc travaillé sur notre arbre de domaine. Nous avons dû mettre de côté toute modestie et prétendre pouvoir comprendre ce que sont l’identité et le genre, pour ensuite pouvoir travailler sur l’identité de genre. Cela a été long et difficile car nous nous sommes beaucoup écartées de notre sujet pour pouvoir y revenir plus tard. De plus, une fois les problèmes de ces termes résolu, nous avons mis encore beaucoup de temps à comprendre le terme identité de genre, que nous avions entendu pour la première fois le jour où Armand Hotimsky prononcé. Le premier arbre de domaine (ressemblant à l’arbre de domaine final) étant achevé, nous avons pu nous pencher sur la question de l’arborescence et éliminer les premiers termes qui ne faisaient pas partie de notre sujet.

Le choix des termes à garder a été difficile ; beaucoup, pour ne pas dire la plupart, de ces termes ne sont pas véritablement entrés dans la langue française et ne sont utilisés que par une minorité de personnes. Et il se trouve que ces personnes ne sont pas d’accord entre elles. Il existe plusieurs associations à Paris qui s’occupent de problèmes de genre. Certaines ont fait le choix de garder, en les transformant le moins possible (transgenderist ð transgendériste), les mots d'origine américaine créés par les mouvements transgenres, gais et queer qui avaient démarrés là-bas et avaient créé des termes adaptés. D’autres ont préféré créer des termes français. Des termes différents peuvent avoir été créés par deux associations différentes et vouloir dire la même chose, ou presque. Ils peuvent aussi avoir une prononciation différente (ainsi coming-out qui se prononce par la majorité des gens [kVmiN" aUt] se prononce par certains [kVmiN"ut]). Mais même en dehors des désaccords entre associations, nous avons eu des problèmes lorsqu’il s’agissait de termes médicaux. Notre domaine est intimement lié au domaine médical, pour tout ce qui est des traitements hormonaux, des opérations de réassignation sexuelles, des suivis psychologiques, etc… Chaque domaine a sa propre vision des problèmes liés à l’identité de genre. Il nous a donc fallu être plus attentives aux types de textes que l’on prenait comme contexte.

  1. Les contextes et les sources

Les contextes n'ont pas toujours été faciles à trouver. Nous avons souvent dû chercher plusieurs sources pour chaque terme afin de pouvoir trouver suffisamment de contextes. En effet, le lien entre les termes que nous avons traités n'est pas évident et la plupart du temps les textes parlent soit de Drag Kings, soit de transsexuels et n'utilisent que quelques termes de notre dictionnaire. Nous n'avons, par exemple, trouvé aucun texte ayant pour sujet à la fois les intersexuels et les transformistes.

Trouver plusieurs textes dans lesquels le terme cisgenre est employé n'a pas été évident, car celui-ci n'est pas encore très répandu. Nous avons eu le problème pour plusieurs termes (pour le terme transformiste également). Le terme cisgenre est encore méconnu, mais il répond à une demande au niveau du language car il permet de définir les personnes qui ne sont pas transgenres. Il se développera très certainement et est dailleurs déjà utilisé sur certains sites français et étrangers.

  1. L'arborescence

La réalisation de l’arborescence nous a de nouveau posé problème plus tard. En effet, certains termes nous posaient encore des problèmes de compréhension. Certains termes (souvent les mêmes) ne trouvaient pas une seule place dans l’arborescence, mais plusieurs ! Ainsi intersexuel pouvait être placé à la fois en tant qu’hyponyme de sexe ou en tant qu’hyponyme d’identité de genre. Nous avons finalement fait le choix de le mettre en tant qu’hyponyme d’identité de genre tout en le reliant au sexe, ce qui nous a permis de l'inclure comme entrée de notre dictionnaire.

Ces abréviations nous ont posé problème à plusieurs reprises. Dans un premier temps, nous ne parvenions pas à les placer dans l'arborescence. Nous en avons parlé à Armand Hotimsky qui nous a dit en bref que ces abréviations ne désignent pas des personnes, mais des directions. Fortes de cette découverte, nous avons de nouveau essayé de placer ces termes dans l'arborescence. Mais ils nous posaient toujours problème car nous ne trouvions pas le moyen de mettre en valeur la relation entre ces termes et les termes à temps partiel et à temps plein. Ce n'est que plus tard que nous avons fini par trouver ce qui figure actuellement dans notre arborescence, par hasard, en discutant avec d'autres groupes de travail. Nous étions donc particulièrement contentes et pensions en avoir fini avec ces termes. Pas du tout. Restait encore une difficulté. FTM, pensions nous, veut dire Femme vers Homme, femme étant le sexe de départ de la personne et homme le genre revendiqué par cette même personne. Nous l'avions donc défini comme un mouvement allant du sexe biologique vers le genre revendiqué. Seulement voilà, dans le cas d'une opération de réassignation sexuelle FTM, par exemple, le « M » de « FTM » ne désigne pas le genre de la personne, mais le sexe que celle-ci aura une fois l'opération terminée. Nous en avons donc conclu qu'il y avait deux sens, donc deux définitions, donc deux entrées dans notre dictionnaire.

  1. Les équivalents et les problèmes non-résolus

Certains termes anglais ne trouvent pas leur équivalent en français. Nous avons fait le choix d'utiliser les termes français issus des Etats-Unis, puisque c'est là que le mouvement transgenre à débuté. C'est la raison pour laquelle beaucoup de termes français sont des néologismes ou des xénismes.

Les termes drag performer, full-time, part-time n'ont pas d'équivalent. Nous avons proposé trois traductions, la première pour le terme full-time (à temps partiel), la deuxième pour le terme part-time (à temps plein). Nous avons trouvé un site (http://www.sts67.org/fra_temoignages_cornelia_evolution.htm) qui utilise ces termes en français, mais pas de la même façon qu'en anglais. Le texte ne parle pas de « transgenre à temps partiel» mais de « sortir 'en femme' à temps partiel ». Il n'existe pas non plus d'équivalent pour le terme drag performer, nous proposons donc le mot Drag. Nous pensons que la traduction littérale « artiste drag » n'est pas satisfaisante, car il existe un terme anglais drag artist qui ne signifie pas drag performer. Nous préférons donc proposer drag qui porte moins à confusion et qui nous semble assez clair.

De même, nous pensons que l'équivalent de transformiste est impersonator, mais nous n'en sommes pas absolument sûres. Transformiste est le terme français qui correspond le mieux au terme anglais impersonator. !!!!Armand Hotimsky est presque certain de l'équivalence, mais cela ne nous permet pas de conclure de façon tout-à-fait positive.

Nous voulions également traiter les noms : transformisme, transgendérisme, transgenralité, transsexualité et transsexualisme. Mais nous ne pouvions pas les placer dans l'arborescence. En effet, ils posent problème. Armand Hotimsky nous a conseillé de les laisser de côté, car personne n'est d'accord sur le sens des mots transsexualisme et transsexualité.

Nous avons dû mettre en entrée certaines formes étendues (préopératoire, postopératoire, etc,...) qui ne sont pas utilisées, ou presque pas, afin que n'importe qui puisse comprendre l'arborescence sans avoir à chercher la défintion dans le dictionnaire. Nous avons mis une note de bas de page lorsque cela s'est produit.

Les sigles étant très utilisés, nous avons fait une extraction des sigles à la fin du protocole afin de simplifier la lecture et la recherche de certains termes.



  1. Autres

Le domaine sur lequel nous avons travaillé est particulier, d'une part parce qu'une grande partie du vocabulaire utilisé est nouveau et d'aure part parce qu'il s'agit souvent de la façon dont les personnes s'identifient, hors cette identification peut changer. Ainsi Armand Hotimsky nous avait conseillé de dissocier dans notre arborescence les termes intersexuel et transgenre car les intersexuels ne se considéraient pas comme transgenre. Hors, il se trouve qu'aujourd'hui, ils se considèrent de plus en plus comme transgenres.

Enfin, l'hostilité que nous avons parfois rencontré a été une difficulté non négligeable. Cela n'a pas été facile lorsqu'il s'agissait de notre entourage, mais cela a été plus dur encore lorsqu'elle s'est manifestée de la part de personnes transgenres elles-mêmes. Nous avons eu le sentiment que notre travail ne les intéressait pas. En effet, le dictionnaire que nous avons réalisé s'appuie sur l'arborescence que nous avons faite. Hors, pour faire cette arborescence, nous avons dû faire des catégories, ce qui nous a très certainement éloigné de la réalité de la communauté transgenre. Nous parlons souvent d'identification, et nous avons donné des définitions précises fondées sur la manière dont les personnes s'identifient; mais l'identité, lorsqu'elle ne nous est pas imposée par une entité extérieure, est un concept fluctuant, parfois flou certainement.

Nous espérons cependant que ce travail pourra jouer un rôle dans l'acceptation des personnes transgenres.