SANS SEINS SENS INTERDIT !
 

I. Le billard, pas le billot !

... et pour commencer, une réponse à la supplique d'Armand Hotimsky : "Moins fort, les compliments !". Je tiens à saluer son exigence pour que les TS aient accès à des soins efficaces au lieu de servir de bétail pour des expériences coûteuses et foireuses. Pourquoi infliger à des êtres qui veulent être en harmonie dans leur corps, des cicatrices dignes des truqueurs du cinéma gore (d'horreur, pour les non-initiés) ? Sinon, pour bien asséner aux TS qu'ils ont le tort de déranger et qu'ils doivent le payer dans leur chair, sans rechigner, en remerciant le premier "boucher" venu d'avoir daigné les opérer. De tels praticiens préféreraient-ils bâcler leur travail au nom de l'"objection morale" (rengaine des anti-avortement) plutôt que de tirer fierté d'opérations réussies ? Alors que des techniques opératoires donnent accès aux TS, à un corps approchant au plus près le "normal" qui s'accorde à leur identité de genre.

Ce perfectionnement est précisément ce qui fait peur. Les dysphories de genre ne sont pas nouvelles. Mais les possibilités de les soulager en traitant le corps, surviennent en ces temps de repli sécuritaire sur les rassurantes valeurs de différenciation des rôles sexuels et sociaux. Que chacun(e) reste du côté de la frontière où il/elle est né(e) ! Face aux trans-gresseurs de ces limites, la douane est des plus restrictives, et demande à déclarer des gages de bonne virilité/féminité, que ceux/celles qui sont né(e)s dans leur corps d'homme/de femme et content(e)s de l'être, ne sont pas toujours en mesure de fournir (mes amis qui ne savent pas conduire une voiture et manient à merveille le mascara ! Mes amies allergiques aux enfants mais pas à la bagarre !) malgré une pression sociale de fer sous la main gantée de la publicité et des médias, qui accentuent la différenciation sexuelle jusqu'à l'ABERRATION et la négation de la variété nécessaire des caractères humains.

 
II. "Macho !" lave encore plus crado !

Pour être crédible dans ma transformation FTM, je me vois contraint de dissimuler auprès des interlocuteurs médicaux, mais aussi dans mes rapports sociaux, toute une composante de ma personnalité, à savoir mon besoin vital : d'harmonie entre les êtres par la courtoisie, l'écoute et le respect des autres ; d'harmonie matérielle, car je révère la beauté dans tous ses déploiements artistiques... le raffinement d'une belle étoffe, la subtilité d'un parfum... caractères qui selon moi devraient être communs aux deux sexes mais sont catalogués "féminins". Pour peu que je sorte bien sapé, je me fais traiter de "pédé" ! Cela me fait plutôt sourire, mais devant les équipes médicales, pas question de leur laisser penser qu'une opération mettrait en circulation un pédé de plus, fi ! Stérile, c'est déjà la limite du supportable !!

Il est vrai que parmi les modèles masculins que j'affectionne, les pédés sont "légion" (il était grand, il était beau, il sentait bon l'aqua di gio...). Mais de ma valise de modèles mâles, je peux exhumer le souvenir d'un père tout-à-fait hétéro mais non macho, créatif, et plein de tendresse pour sa femme et ses enfants. Et des modèles vivants ? Oui j'en ai toute une liste, bien sûr çà manque de footballeurs...

 
III. Il vaut mieux entendre ça que d'être sourd(e)...

Je n'accorde pas de crédit aux crédo machisants qui devraient pourtant flatter mon ego, comme quoi entre autres, le TS FTM est plus intelligent (vouloir vivre une vie d'homme c'est faire le "bon choix" d'une ascension sociale, par exemple O.S. au chômage...), et le TS MTF plus bêta (vouloir vivre une vie de femme ! Quelle dégringolade sur l'échelle sociale, sous le poids des casseroles...).

Ainsi la MTF suscite la moquerie, surtout si sa morphologie évoque plus Babar que Barbie, ou l'amusement, si elle joue de son sex-appeal (mais ! "Le temps à toutes choses aime à porter affront. Il saura flétrir vos roses, comme il a su rider mon front" - Ronsard).

Le FTM recueille, lui, le dédain des hommes "bien-nés", qui tels des aristocrates, fustigent les "parvenus", ces "nouveaux hommes" perçus comme des concurrents potentiels. Non sans ironie, j'avoue que je commence à regarder les hommes en me demandant : homme "de naissance", ou FTM ?

Aussi déplaisant pour ces messieurs que, pour les propriétaires de coûteux articles de luxe, l'afflux d'imitations crédibles accessibles aux prolétaires. Et de se rabattre sur d'autres signes extérieurs de richesse... Sur quels signes extérieurs de virilité les hommes "de naissance" se rabattront-ils ? Verrat-on une mode des slips et pantalons transparents, afin qu'ils montrent que leurs attributs ne sont pas dûs à la phalloplastie ?

 
IV. Deux poids, deux mesures.

L'exhibition du service trois-pièces deviendrait le "pendant" de l'exhibition des mamelles qui, partie de la fantasmagorie pornographique (posséder une femme à gros seins, c'est avoir plus à manger ! Elémentaire, mon cher homo erectus !), envahit l'imagerie médiatique.

A la suite d'actrices dont le registre est plus plastique que dramatique, de braves dames se font siliconer. Certaines se cantonnent à des formats généreux mais d'aspect naturel. D'autres vont se détériorer la colonne vertébrale et la circulation sanguine en se faisant greffer des pis monstrueux, sans qu'elles aient à se justifier pendant des mois, des années de thérapie (théra-pis ?) alors qu'elles font preuve d'un dérangement mental plus que flagrant (par exemple la "fameuse" et néanmoins pitoyable Lolo Ferrari, que d'aucun(e)s ont peut-être déjà "contemplée" au détour d'une affiche ou de la télé...).

Évidemment, les femmes qui veulent incarner la Mère Nourricière (et/ou Putain : le beurre, l'argent du beurre et le sourire de la vache !) ne peuvent recevoir que des encouragements de la part d'un système économique martelant aux femmes : "Plutôt que de chercher du travail : "VA NOURRIR !".

Celui/celle qui se déplaît à cause d'un nez tordu, d'oreilles décollées... se voit accorder l'écoute et l'intervention qu'il/elle réclame (cela va dans le sens d'une esthétique publicitaire normative). Mais le Sein(t), caractère sexuel secondaire, est Sacré, donc intouchable sinon pour lui donner plus de volume (le sur-sacraliser).
 

V. Cogiter avant de trancher

Je suis bien conscient que le sexe physique participe à l'élaboration de la personne psychique et sociale (qui se détermine dans l'acceptation ou le refus de ce sexe), à titre plus important que la forme du nez ou des oreilles (la femme qui troque de grandes oreilles contre de plus petites, reste femme voire valorise sa féminité ; l'homme oriental qui fait raboter un nez typé pour faciliter son admission parmi les occidentaux, n'en reste pas moins homme).

La transformation des caractères sexuels, primaires ou secondaires, par ses conséquences radicales sur la vie d'un être - sur les plans : psychologique, affectif et social - exige de la part de ceux/celles qui la réclament, la pleine conscience du caractère définitif de leur dysphorie de genre, afin d'être totalement sûr(e)s que l'intervention chirurgicale et/ou hormonale est indispensable à l'affermissement de leur équilibre, à leur affirmation en tant qu'être vivant homme ou femme.
 

VI. Psychose...toujours, tu m'intéresses.

En ce sens, une thérapie psychologique (en fait psychiatrique puisque le système nous l’impose), ajoutée à l'analyse personnelle que chaque TS/TG fait de lui/d'elle même, peut apporter des éclaircissements, une écoute impartiale, un soutien. Du moins, le devrait, dans l'idéal !!!

Mais pour une poignée de psychiatres suffisamment au fait des problématiques transgendéristes et transsexuelles, ou, à défaut, suffisamment ouverts pour apprécier la légitimité de la démarche des TS/TG et comprendre leur détresse : combien d'autres qui, en position de pouvoir, se font fort d'imposer une "épreuve initiatique" éliminatoire, pour user la patience du plus grand nombre de "cas" possible, autant de noms à rayer des agendas débordés de ces médecins -du Sé(r)vice Public- qui saupoudrent leurs entretiens à "raison" d'une séance tous les 3 ou 4 mois, sans que le/la patient(e) soit sûr/e de les trouver au rendez-vous ! Les mois, les années peuvent ainsi défiler, autant de temps à traîner son corps comme un cercueil.

Il faut reconnaître aussi que la relation patient(e)/psychiatre est faussée dès le départ, les TS ne se rendant pas à cette thérapie de leur plein gré, mais pour obtenir le précieux avis favorable pour les traitements hormonaux et/ou les opérations. Cela rend ce qui devrait être un espace de réflexion sur soi-même et d'écoute, aussi stressant qu'une série d'entre-

tiens pour la recherche d'un emploi, où il faut jouer la comédie du plus battant, du plus conforme aux attentes d'un décideur tout puissant, qui a le choix entre vous laisser vivoter ou vous permettre de vivre.

Les cas d'opéré(e)s qui regrettent leur décision, ne devraient pas autoriser de suspicion vis-à-vis des nouveaux cas. Pourquoi dire "non" sans avoir écouté ? Chaque TS ou TG a son histoire, sa personnalité ; les circonstances et caractères semblables que deux êtres affligés de dysphorie de genre, peuvent avoir en commun, ne permettent pas d'appliquer à A le diagnostic appliqué à B.

Marre du jargon psychanalouillard dissimulant sur un verbiage indigeste, la réduction à des schémas simplistes et faux, du genre : "Vous voulez remplacer votre papa pour faire crac-crac biscotte à votre maman", "votre maman voulait un garçon, hélas vous êtes une fille" (ou l'inverse), "votre papa aurait voulu être une maman", n'en jetez plus ! La poubelle de l'asile est pleine de ces grosses tartes à la crème pas fraîche, assénées en dépit du bon sens et de ce que disent les TS et TG sur leur véritable histoire.

Tactique éprouvée (éculée) de l'écran de brouillard, le pouvoir se pare de l'apparence de savoir, afin d'impressionner des êtres en position "inconfortable" et leur lessiver le cerveau. "Allons allons, on accepte bien gentiment son corps et on intègre bien sagement la société sans plus réclamer, non mais c'est vrai en voilà des manières... changer de sexe ! Et pourquoi pas des cheveux verts, et poils pubiens assortis, tant qu'on y est ?".
 

VII. Parlez-moi de moi...

Les TS et TG reflètent autant que toutes les femmes et les hommes, la diversité des caractères. Du bûcheron noueux au baba rondouillard, en passant par le clone de Bowie, pour n'en citer que quelques uns parmi mes rencontres de FTM, qui sont des êtres masculins mais ne développant pas tous les mêmes traits, physiques ou mentaux, de la masculinité.

L'un s'est arrêté à la mastectomie, l'autre veut l'attirail de l'homme complet : "le Petit Chose et les Deux Orphelines" ; et moi ? "Qu'est-ce que je vous sers, mon petit Monsieur ?". Et bien, ce sera une mastectomie en entrée, l'hystérectomie et l'ovariectomie en plat de résistance, de la Testostérone en garniture, mais je garderais bien la cage à miel pour le dessert, quitte à l'assaisonner d'autant de lubrifiant qu'il le faut.

"Et pourquoi pas plutôt une banane?". Primo : c'est TRES cher (phallocratie, quand tu nous tiens... !). Secundo : c'est TRES douloureux et je suis une grande douillette ! Tertio : ce n'est PAS TRES beau. Enfin et surtout : ce n'est pas ce qui compte le plus pour moi dans l'affirmation de ma masculinité. Le seul intérêt que je trouve à ce membre, c'est d'être pratique pour faire pipi. Quant à sa fonctionnalité érotique, je l'estime largement dépassée par celle de... la main. Et mon Amie de Coeur est d'accord !! Que demander de plus ? ... Tout ça pour contrarier le professeur Leriche qui trouve plus valorisant de façonner des bitounes que des foufounes...

Il ne m'importe pas de savoir si je suis un "vrai" ou "faux" TS, ou "seulement" TG. Je veux désembourber mon corps de l'ornière où le fit chuter un chromosome classé X : le développement des attributs féminins : cellulite aux fesses, faiblesse, que de stress... et son corollaire : l'absence de la puissante musculature masculine. Une vie dans un corps de femme, marqué par la fonction maternelle : seins nourriciers, graisses de réserve, règles sempiternelles... n'a pour moi aucun sens.

Le propriétaire d'une maison peut abattre une cloison chez lui, modifier la plomberie lui-même ou faire appel au technicien approprié. Mon corps est ma maison, je revendique le droit d'en supprimer la nurserie et d'en renforcer la charpente, en requérant l'aide de techniciens capables. Pour qu'enfin mon corps devienne mon "homme, sweet homme".
 

- Laury, le Dandy
 
Haut ñ

 
Retour à la page d'accueil

Page mise à jour : jeudi 20 août 1998
Page maintenue par Léa
Copyright CARITIG 1998