LES TRANSGENDÉRISTES

Certains/certaines ont changé de corps, de statut social, sont allés d'un genre à l'autre sans intervention chirurgicale sur leur sexe anatomique. On les appelle des personnes pré-transsexuelles.

D'autres revendiquent le droit à l'androgynie, et refusent d'amputer certaines part d'eux-mêmes pour en construire d'autres ; ils/elles refusent les stéréotypes sociaux qui assènent une séparation des genres forcenée et castratrice. "C'est notre culture qui impose la bipolarisation du genre en tenant compte du biologique.

"C'est notre culture qui nous a fait un lavage de cerveau, ainsi qu'à notre famille et à nos amis qui, sans cela, auraient pu être capables de nous aimer, et d'embrasser notre diversité comme quelque chose de désirable et de naturel, quelque chose qui devrait être célébré." dit Holly BOSWELL, qui définit le transgendérisme comme une option saine, entre travesti et transsexuel., profondément enracinée dans l'antique tradition de l'androgynie.

Tradition riche en modèles, en références culturelles, artistiques, spirituelles, bien plus propice à l'épanouissement de l'être transgendériste, que les concepts étriqués relatifs à la bipolarisation.

Pour devenir physiquement - par exemple - l'homme que l'on est mentalement, faut-il gommer tous les traits physiques et comportementaux de féminité ? Les hommes biologiques n'en sont pas exempts, de ces traces de féminité qu'une société machiste les oblige à dissimuler d'une manière exagérée, contre-nature. L'être humain est bisexué physiquement et psychiquement. La conformation à des moules masculin / féminin rigides s'apparente à une réduction de tête, et à un emprisonnement du corps.

Les civilisations qui nous ont précédé (Antiquité grecque, romaine...) ont célébré l'androgynie, en témoignent ces statues de Korê : jeune fille aux longues tresses et au corps athlétique de jeune homme. L'androgynie était alors un critère esthétique. Nous assistons aujourd'hui à la fois à une "androgynisation" des êtres, et à une survalorisation, en contrepartie, de la différenciation sexuelle.

Les femmes ont jeté aux orties leurs corsets, ont fait du sport, abandonnant leur taille de guêpe étranglée, empêtrée dans un immobilisme forcé, et ont acquis de ce fait une ligne plus mince, musclée et "garçonnière". C'est un critère de beauté actuel.

Le transgendériste va encore plus loin, et accepte un mélange de genres sur sa personne physique. Ainsi des cas où un homme biologique vit en femme, féminisée par les vêtements et l'hormonothérapie, tout en gardant son appareil génital masculin ; des cas de femmes biologiques s'étant arrêtées à la mastectomie sans traitement hormonal, androgynisant leur corps sans le viriliser vraiment ; ou bien un cas de garçon FTM (d'origine transsexuelle) gardant son sexe anatomique féminin et pouvant s'en servir pour le plaisir, tout en se sentant masculin, et voulant vivre au masculin : intéressé par la modification de son corps dans le sens de la virilisation, mais non par la phalloplastie.

On peut "changer de sexe" : c'est-à-dire mettre en conformité son sexe biologique avec son sexe vécu. Mais on peut aussi - surtout ? - changer de corps, changer de genre : c'est-à-dire mettre son genre en conformité avec son identité. C'est parfois uniquement le corps qui est mis en conformité avec l'identité de genre dominante.

On peut être FTM et se sentir l'identité d'un "homme féminin", voire "efféminé". Pourquoi serait-il obligatoire de correspondre, à tous prix, au schéma classique masculin, brut de brut et... transsexuellement correct ! ?

Le transgendériste, à mi-chemin entre les deux genres, les englobe au lieu de les séparer. Il ou elle vit la masculinité et la féminité, non dans le conflit et l'opposition, mais dans le mélange, la symbiose, et acquiert ainsi "une sensation de bien-être et une libération d'énergie", issues de cet accord.

Holly BOSWELL pense que la socialisation de certains transsexuels, qui sont obligés de renier une part d'eux-mêmes pour s'intégrer, ne peut conduire à l'épanouissement personnel et au bonheur. Nous ne parlons pas là de l'intégration en tant que citoyen doté de devoirs et de droits, que tout être humain devrait pouvoir vivre, mais du "clonage social" qui bétonne les genres et les comportements en deux strictes catégories.

Nous voyons donc que nous pouvons déjà déterminer trois profils de transgendérisme (il y en a sûrement plus encore dans la palette nuancée du genre) :

- le travesti avancé, qui vit le plus souvent possible vêtu dans le genre qu'il ou elle revendique ;

- l'androgyne qui vit entre les deux genres, ou plus ou moins les deux à la fois, avec parfois certaines modifications corporelles, et qui se sent en harmonie avec son être intérieur, privilégiant cette harmonie par rapport au souci de la détermination sociale ;

- la personne pré-transsexuelle qui met son corps en conformité avec son identité, ainsi qu'avec son mode de vie, mais garde ses organes génitaux d'origine, en choisissant sa propre définition d'elle-même, non conventionnelle.

Monoïk

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Page mise à jour : jeudi 13 juin 2002 Page maintenue par Charlène © 1997-2002 CARITIG