CDT est né en avril 1992, de la rencontre d'une transsexuelle Betty et de deux transsexuels à vocation masculine, Phil et Zac. Dans le contexte de l'époque, la réalisation de leur revue se fit anonymement au point qu'aujourd'hui encore, personne ne sait qui se cachait derrière ce trio. Il est vrai qu'en ce début des années 90, la situation des transsexuel/les n'était guère brillante. La mort tragique du Pasteur Doucé qui était pour eux une bouée de secours eut un grand retentissement et provoqua une vive inquiétude. Du côté de la Justice, plusieurs demandes de changement d'état civil furent rejetées. Les transsexuel/les français ne voyaient point de salut.
Dans le numéro 7 de CDT d'août-septembre 1993, nos trois anonymes se dévoilèrent un peu, on peut à travers leurs témoignages ressentir les difficultés de leurs parcours.
Betty : 25 ans, j'ai été suivie depuis l'âge de 18 ans par un psy, j'ai effectué la vaginoplastie juste avant la création de CDT, hormonothérapie et opération en Belgique. Sans emploi, des problèmes avec l'entourage familial (entre autre) ce qui m'oblige à limiter ma participation. J'ai rencontré Philippe par pur hasard, nous habitons pas très loin l'un de l'autre.
Philippe : 28 ans, j'ai galéré pas mal de temps avant d'entendre parler d'une équipe c'est ainsi que j'ai rencontré Zac dans la salle d'attente du Pr. Breton à mon deuxième RV. Je n'y suis pas retourné, j'ai compris que mon avenir n'était pas là. Je me suis donc orienté vers la Belgique, plus près de chez moi que Paris et je ne crois pas avoir eu tort. Suivi psy et mammectomie faite en Belgique, avec l'hystérectomie en même temps l'été dernier. L'idée de CDT m'est venue suite à ma rencontre avec Zac qui " jouait au légume " à Paris. Au niveau du boulot, ça va, mais je préfère rester discret.
Zac : Je suis le petit dernier, en cours de traitement hormonal par un médecin généraliste qui m'a connu dans mon enfance, que je n'étais pas retourné voir pendant dix ans et qui n'a pas été le moins du monde surpris par ma requête. J'ai eu du pot. Surtout qu'avant ce med, c'était pas la panacée. Je devrais bientôt faire la mammectomie. Je fais des petits boulots. Ah, j'oubliais, j'ai 25 ans. Si je garde l'anonymat, c'est parce qu'on ne sait pas de quoi demain sera fait. Et peut-être que je deviendrai un super militant de notre cause ou peut-être je voudrais me ranger des voitures, alors en attendant.
Revenons sur la création de CDT :
En avril 1992, un numéro d'essai (n°0) fut envoyé à une dizaine de personnes pour tester leur réceptibilité au projet. En raison de leur désir d'anonymat, le mode de fonctionnement n'était pas aisé : impossibilité de communiquer par téléphone, et pour seule adresse, une association belge d'aide aux transsexuel/les qui leur servait de boîte postale. Le principe était hallucinant : vous deviez envoyer votre lettre en Belgique, pour qu'elle soit retournée en France chez nos trois rédacteurs.
Apparemment le projet avait séduit, puisque de nouveaux lecteurs leur écrivirent assez rapidement pour recevoir le petit bulletin. D'une simple feuille A4, CDT allait atteindre 20 pages avec les numéro 11 et 12, et même 22 pages avec le dernier numéro (n°13). De trimestriel, qu'il était prévu à l'origine, CDT était devenu également bimestriel.
CDT était diffusé gratuitement, il suffisait de leur écrire. Aussi, la situation devint vite intenable alors ils indiquèrent le coût du numéro sur la revue, en appelant au soutien. Mais les lecteurs en furent réduits à envoyer des carnets de timbres ou un billet dans l'enveloppe pour la bonne raison que le trio ne disposait pas de compte bancaire. C'est ainsi que la revue put tenir jusqu'à la fin de l'année 1994.
Finalement, fatigué devant l'apathie des transsexuel/les, aigri par les attitudes sans-gêne et les critiques gratuites, le trio arrêta ses activités.
" Exténués, sans un rond, nous faisons l'impasse ".
Au début de l'année 1995, Betty, Phil et Zac envoyèrent un courrier à tous leurs lecteurs pour les informer de la reprise du titre par le CARITIG qui venait tout juste d'être créé.
Devant la réalité de notre monde, il n'était pas question de faire une revue gratuite. Le CARITIG n'a pas les moyens d'être philanthropique. Le redémarrage de CDT se fit en mai 1995.
Comme un bon vin qui se bonifie avec le temps, CDT en prenant de la bouteille, devient non pas du vinaigre, mais une revue plus élégante, plus élaborée, plus professionnelle.
On pourrait donc s'exclamer : LE CDT NOUVEAU EST ARRIVÉ !
Avec l'âge, il gagne également en sagesse, ouvrant ses pages à toutes les nuances de l'identité de genre, même si comme pourraient le sous-entendre certains nous devrions craindre un quelconque amalgame. Bien sûr, vous pouvez toujours dire que le CARITIG étant ouvert aux TS, TG, TV et toutes les personnes à la recherche de leur identité de genre ainsi qu'aux personnes s'intéressant à ces questions, tels que médecins, avocats, proches, assistants sociaux, etc. Il (CDT) est bien obligé d'élargir son domaine d'action. C'est un fait, mais la métamorphose ne sera pas pour autant si limitée. CDT ne conçoit le changement qu'avec une participation évidente de tous les acteurs de la transition des TS. Il va de soi que nous pensons là aux professionnels de la santé, de la justice, et tous ceux cités quelques lignes au dessus sans oublier la famille, le ou la conjoint/e. Ne pas avoir leurs témoignages, ce serait un peu comme si... ils n'existaient pas !
CDT va également s'élargir en publiant des sujets peu abordés à l'exemple de l'article en page 14 (CDT n°1/14), où qui peuvent n'avoir qu'un lien ténu, en apparence, avec notre recherche. Ouvrir ses yeux, voir ce que représente l'identité de genre, de l'anthropologie à l'hormonologie, de la chirurgie à la sociologie, le sujet est inépuisable et passionnant.
Et vous, vous pouvez participer activement pour que cette revue devienne une référence. Doit on rappeler que CDT est la première revue et peut être l'unique en langue française, entièrement consacrée à la transsexualité et à l'identité de genre. L'âme de CDT doit continuer à vivre. Elle ne doit pas devenir une simple publication d'articles techniques mais se doit de rester proche des personnes concernées en publiant des témoignages, en gardant la rubrique du courrier des lecteurs. Donc, tous et toutes à vos plumes !
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