Lorsqu'une de mes soeurs transsexuelles me fit remarquer qu'"il y en a tellement parmi nous qui se contentent de leur situation sans aller jusqu'à la SRS", que je me suis sentie obligée de mettre en doute son hypothèse en rétorquant : "peut-être bien que beaucoup de ces gens qui apparemment se contentent de leur situation ont trouvé là un "terrain de compromis" qui leur est le plus confortable et approprié. Qu'il n'y a peut-être pas tellement de transsexuel(le)s que ça".
Ce "terrain de compromis", auquel je me réfère c'est le transgendérisme. Je me rends compte que ce terme (jusqu'ici plutôt vague) englobe également tout le spectre allant du travesti au transsexuel. Mais dans le cadre de cet article - et, pour ce qui sera je l'espère un dialogue suivi - j'essaierai de définir le transgendérisme comme une option saine entre travesti et transsexuel également profondément enracinés dans l'antique tradition de l'androgynie. (Toutes les références qui vont suivre concernent l'orientation homme/femme).
Le préfixe "trans-" signifie : d'un côté à l'autre de, au-delà de, à travers, de façon à définir un changement. Les mots tels que transition, transformation, transparent, transpersonnel, transcender - ont tous trait au "transvestissement" (travestissement), au transgendérisme (s'identifier à travers les différents traits du genre), et au transsexualisme (qui va jusqu'à mettre en conformité le sexe biologique avec l'identité de genre dominante). Bien que nous puissions choisir un de ces termes pour nous définir, nous pouvons arriver à une meilleure connaissance de nous-mêmes si nous replaçons chacune de ces trois zones dans le contexte le plus large du "genre".
Le terme "genre" a récemment été reconnu comme définissant le statut individuel, social et légal d'une personne, indépendamment de son sexe biologique; par exemple, attribuant des traits d'agressivité, d'instinct maternel, de compétitivité, d'expressivité, etc...
Beaucoup de gens confondent le sexe avec le genre. Le sexe est d'ordre biologique alors que le genre est d'ordre psychosocial. Donc, si la biologie ne dicte pas réellement le genre ou la personnalité, la dichotomie faite entre masculin et féminin n'est que le moyen de comprimer ou de restreindre toutes les variétés potentielles de la manière d'être humain.
"Tant que nous n'aurons pas redéfini le comportement en termes de "humain", plutôt que masculin ou féminin, nous resterons enfermés dans une danse de mort" dit le Professeur Anna Kuhn de l'Université de Californie à Davis.
Le transgendérisme est un lieu de conscience entre le travesti et le transsexuel qui se sentent inutilement désunis au sein de notre propre subculture. Et, dans la plupart des circonstances nous ne nous opposons pas tellement dans des "conflits de genre" comme nous nous opposons - jusqu'à la guerre - à cette culture. C'est notre culture qui impose la bi-polarisation du genre en tenant compte du biologique. C'est notre culture qui nous a fait un lavage de cerveau ainsi qu'à notre famille et à nos amis qui sans cela auraient été capables de nous aimer et d'embrasser notre diversité comme quelque chose de désirable et de naturel - quelque chose qui devrait être célébré.
Au lieu de cela, les travestis sont sensés devoir toujours se considérer comme "hommes", mais des hommes anormaux, non intégrés ou même des fétichistes pervers. Quant aux transsexuels ils doivent souvent complètement renier leur côté masculin et devenir un stéréotype, une femme au rabais pour pouvoir s'intégrer dans la société.
Occasionnellement, ces options peuvent être les bonnes mais la plupart du temps je doute que ces formes de socialisation puissent conduire à l'épanouissement personnel et au bonheur.
Je crois que la vraie solution à notre dilemme c'est de tout englober - non de bi-polariser. Nous savons, au fond de notre coeur, que nous sommes beaucoup plus que ce que notre culture nous dicte. Nous pouvons être capables de rejeter ces restrictions sous toutes leurs formes, si nous avons une vision qui les transcende, si nous croyons que nous devons aller au-delà.
Nous devons être conscients que chacun de nous, dans toute la mesure de ses moyens, sommes les bâtisseurs de notre culture et c'est en étant nous-mêmes que nous pourrons le mieux nous épanouir dans cette tâche - et non pas en étant ce que la culture attend de nous. Nous sommes tous en état de transition, dans le sens évolutionniste le plus large.
La jungienne June Singer remarqua que beaucoup des gens qui devenaient agités, malades ou déséquilibrés pouvaient s'enliser dans cette dichotomie masculin/féminin. Le psychologue George Kelly observa que les gens agités avaient tendance à aller de l'un à l'autre plutôt que de tester une alternative entre les deux.
Assagioli, "psychosynthétiste", a remarqué qu'à partir du moment où la diversité qui est en nous n'était plus en situation de contradiction ou de conflit, lorsque cette diversité devenait symbiose, nous expérimentions alors une libération d'énergie et une sensation de bien être. Lorsqu'elle est équilibrée et saine, l'évolution humaine foisonne dans toutes les directions.
L'androgynie n'est pas un concept nouveau, mais a récemment resurgi dans notre conscience collective en tant qu'idée véhiculant un énorme potentiel de développement individuel et social. Elle a été appelée la "11ème méga-tendance".
Sandra BEM, pionnière dans ce domaine dit "... l'androgynie pourvoit aussi bien une vision de l'Utopie qu'un modèle de santé mentale... Elle n'exige pas de l'individu qu'il bannisse de son "soi" les attributs et comportements que la culture a pu de façon stéréotypée définir comme étant inappropriés à son sexe." En fait, le seul et unique moment où être homme et femme a une importance indéniable, c'est lors de la reproduction ; cela ne revient pas à dire que les questions psychosociales liées au genre soient sans importance.
Alexandra vit une partie de sa vie travestie, bien que confinée dans sa chambre ou en planifiant stratégiquement ses sorties. Elle maintient sa vie d'homme, pour de nombreuses raisons, mais ressent un réel besoin d'explorer sa partie féminine qu'elle ressent comme une profonde part d'elle-même. Elle a commencé à sortir publiquement pour "faire surgir sa personnalité", a appris à traiter les frictions inévitables avec sa famille, épouse, enfants, amis et ... supporter ce que notre société nous impose.
Si Alex vit à temps complet ou partiel de façon androgyne, elle ne cherche pas toujours à "passer". Elle est en harmonie avec son être intérieur, qu'elle reconnaît être complètement androgyne, et s'efforce de vivre sans changement, dans une certaine forme d'équilibre. Elle peut rechercher un compromis à travers une thérapie hormonale et/ou par des libres extériorisations de style dans toutes ses actions journalières - sans tenir compte de la portée complète des relations sociales qu'elle créé. Elle/il est peut-être un précurseur de notre futur.
Alexis rejette le style de vie qui lui est imposé en tant qu'homme, et vit en tant que femme tout le temps. Cependant, elle est satisfaite de conserver ses organes génitaux masculins, bien qu'elle va avoir une augmentation mammaire et de l'électrolyse en addition de la thérapie hormonale. Elle va peut-être vivre en tant que lesbienne, ou dans le cadre d'une relation "normale" mais quelque peu "modifiée", et elle choisit sa propre définition d'elle-même, différente des conventions.
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