Voici l'histoire d'une hystérectomie toute fraîche, écrite par un transsexuel français sur son lit dans une clinique belge. Arnaud vous raconte tout et en détail.
Mardi 21/04/92 : J'arrive à la clinique à 15 h. Après m'être installé dans la chambre, l'anesthésiste est venu pour me poser des questions sur mes allergies, mes antécédents opératoires ainsi que les maladies que j'avais eues. Puis j'ai passé des radios des poumons et un électrocardiogramme. Jusqu'à minuit, j'avais le droit de manger (plutôt léger)et boire à volonté (de préférence pas d'eau pétillante). J'ai dû me raser tout le pubis ainsi qu'un peu au niveau des cuisses (on m'a laissé le faire moi-même sans problème). Le soir, on m'a donné une canule pour un lavement (de la marque FLEET) ainsi qu'un comprimé de MOGADON pour dormir.
Mercredi 22/04 : Réveil matinal avec prise de sang, d'urine et un nouveau lavement pour bien vider les intestins et ainsi apporter une plus grande souplesse au rectum. Vers midi, un nouveau comprimé de MOGADON avant l'anesthésie - Descente au bloc - Salut à plus tard - L'opération a duré 30 minutes. Réveil, je ne me souviens plus à quelle heure mais sans douleurs. 3 "tubes" : - sonde urinaire - drain - perfusion de glucose. Mais aussi serviette hygiénique, qui me rappelle une époque préhistorique, pour les saignements assez importants d'ailleurs, mais normaux. Fin d'après-midi, on me propose une piqûre contre la douleur que je refuse, je n'ai presque pas mal. Tout va bien.
Jeudi 23/04 : 3h du matin, je n'arrive pas à dormir et la douleur commence à s'installer. L'infirmière de nuit vient me faire la piqûre refusée auparavant. Je ne dormirai que deux heures. Je suis énervé car je suis content (et le suis encore). Je ne souffre presque pas, seule chose un peu difficile : interdiction de boire et manger depuis mardi 21 minuit. Mon ventre commence à gargouiller dans l'après-midi et ça devient un peu douloureux. Toujours des saignements, une piqûre vers 19 h et un comprimé vers 21 h pour dormir.
Vendredi 24/04 : On me l'avait dit : il faut attendre les premier vents pour pouvoir à nouveau boire et manger - mais alors là, attention les douleurs ! On peut dire que la matinée est douloureuse, mais cela indique la fin de la perfusion et un premier déjeuner très léger - toujours des saignements -. Les douleurs situées dans le ventre (remise en marche des intestins et de l'estomac ) étant insupportables on me donne un suppositoire SPASMOPLUS ( pour en avoir moins !) et le soir un MOGADON pour dormir.
Samedi 25/04 : Le matin, une infirmière m'enlève la sonde urinaire, j'espérais le faire moi-même, mais c'est impossible et de plus, plutôt douloureux. Après, en allant aux toilettes : je dois serrer très fort les dents. Dur, dur et toujours des saignements, mais moins importants. Un échantillon de mon urine est analysé pour vérifier s'il y a infection ( car il y a plus de risques quand on a une sonde ). Dans la journée : 2 SPASMOPLUS, un le matin et un le soir contre les douleurs du ventre + 2 EUSAPRIM (comprimé), un à chaque repas (antibiotique contre les infections). Etant très poilu aux jambes et cuisses, j'ai remarqué une chute de poils très importante ce jour-là en particulier (le stress? la douleur?). Dans l'après-midi pour compléter - enlèvement du drain - inspirez bien c'est pas du tout agréable. Un MOGADON le soir ô petite friandise ô pour enfin se reposer.
Dimanche 26/04 : Plus de tubes, je me sens beaucoup mieux mais j'ai des courbatures (le dos surtout) - encore des spasmes et ne parlons pas des toilettes - même menu médicamenteux.
Lundi 27/04 : Ça va mieux, beaucoup mieux, mais un nouveau phénomène apparaît : des bouffées de chaleur. De plus, les bandages serrés autour du ventre ne sont pas très efficaces (toujours en train de remonter sur le torse). On m'en apporte un nouveau, élastique à fermeture velcro : fantastique, je peux à présent bouger sans avoir trop mal. Je me lève assez souvent et j'ai pu me laver presque entièrement et me raser. Au niveau des médicaments toujours 2 EUSAPRIM, mais aussi 2 DUVIUM (anti-inflammatoire et analgésique) pour avoir moins mal quand je vais uriner. ( Il est à préciser qu'il existe plusieurs causes de douleurs qui s'expriment différemment. Celle-ci vient du ventre et de la vessie car la douleur se fait ressentir non pas au début mais vers la fin de la miction). On m'indique de boire beaucoup d'eau (non-pétillante).
Mardi 28/04: Je dors mieux mais mes nuits sont courtes; je suis un couche-tard et on nous réveille vers 6h30/7h. Hier soir j'ai pris le MOGADON vers 22h30 (un peu tard) alors ce matin je suis dans les vapes. Ça va de mieux en mieux c'est en plus la première fois depuis mercredi 22 au matin que je vais enfin à la selle sans problème et sans douleurs! 2 DUVIUM le matin car pour pisser ça fait toujours mal - 1 EUSAPRIM au petit déj. - Je fais un continuel va et vient entre ma chambre et les WC et ne parlons pas des bouffées de chaleur : je suis trempé - j'enlève mes fringues - je les remets - je les enlève, etc. Je marche un peu moins plié en deux et j'ai même réussi, difficilement, à m'asseoir en lotus. Le soir une faim de loup. A préciser : la cicatrisation devait commencer à vraiment se faire car ça me brûlait à certains moments ou peut-être était-ce dû à la transpiration. 2 DUVIUM l'après-midi et le célèbre MOGADON le soir.
Mercredi 29/04 : Ce matin le réveil est dur mais je me sens plutôt en forme je marche presque droit. Je m'assieds en Lotus sans problème - toujours des saignements mais insignifiants. Après le déjeuner, à nouveau des bouffées de chaleur ainsi que des brûlures à la cicatrice. Dans l'après-midi enfin on m'enlève la moitié des fils, je le sens un peu mais ce n'est rien, on désinfecte ça chatouille : le produit est froid! Plus tard je ressens des brûlures au niveau d'une des 4 sutures enlevées, tout est normal. Pour les médicaments, c'est pareil qu'hier mais je suis décidé à ne plus prendre de MOGADON. Résultat, je ne vais dormir que 2h30 il est vrai qu'il faisait chaud et qu'en plus j'avais continuellement des bouffées de chaleur.
Jeudi 30/04 : Réveillé vers 7h30, trempé. On crève dans cette chambre ! J'ai dormi peu mais bien. P'tit déj avec un EUSAPRIM - 10h deuxième partie de l'enlèvement des fils, 5 sutures cette fois-ci, pas du tout mal. D'ailleurs je vais même jusqu'à blaguer avec les deux infirmières et je descends du lit sans difficultés après qu'elles m'aient mis le bandage adéquat. Je me lave, m'habille, je traîne, je bouquine, je discute avec ces charmantes dames donc ça va vraiment beaucoup mieux ! Je prends un dernier DUVIUM. L'après-midi je règle les problèmes administratifs et financiers. Le soir, petit pincement au coeur, car j'avais déjà fait la mammectomie dans cette clinique, et maintenant tout cela était du passé, jamais je ne l'oublierai; je n'aurai voulu pour rien au monde que cela m'arrive ailleurs. Ce devait arriver dans cette clinique.
Explications : Il est important d'indiquer que j'étais venu une première fois en consultation (début avril) pour connaître ce chirurgien et m'informer sur la technique qu'il pratique : hystérectomie par voie supérieure avec cicatrice horizontale d'environ dix centimètres - qu'il est venu me voir tous les jours même le dimanche durant l'hospitalisation, que je l'ai payé le 30/04, qu'il prenait son temps pour répondre à toutes les questions que je lui posais; entre autres, sur la grosseur des ovaires et de l'utérus qui était atrophiée aux deux tiers du fait du traitement hormonal. Son comportement était très chaleureux et il n'y avait aucune question d'épaisseur de portefeuille, loin de là. Les infirmières flamandes s'appliquaient à me parler en français, malgré les confrontations historiques Wallonie/Flandre, se montraient très aimables, prenaient du temps pour discuter malgré leur charge de travail. Après l'opération on me prit la température, minimum 4 fois par jour, (36,4 à 37,7° sous les aisselles), la tension (9,5 à 11,6) et le pouls. L'eau servie dans la clinique était minérale et en bouteille de verre.
Conseils : Si vous devez bientôt faire cette opération, je voudrais vous donner quelques tuyaux.
Je vous promets de rédiger bientôt un article sur cette clinique, avec là aussi tous les détails, ainsi que sur ma mammectomie faite au même endroit, dans le même bloc opératoire. J'ai un peu peur que mon texte soit trop long pour votre journal mais j'espère que vous pourrez le publier en corrigeant mes fautes d'orthographe. Je pense aussi qu'il est un peu indigeste mais au moins il y a des détails et peut-être qu'il sera utile pour d'autres transsexuels. Faites de votre mieux, je suis avec vous.
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