TransGenre Actu 09/02


RÉUNION DU CARITIG ET UEEH 2002

« Un monde normal pendant 7 jours » comme l'annonçait la brochure de présentation de la neuvième Université d'Été Euroméditerranéenne des homosexualités, la quatrième depuis la reprise en 1999 qui s'est déroulée du 20 au 27 juillet à l'école d'art et d'architecture de Marseille Luminy selon une formule maintenant rodée. La communauté LGBT se retrouvait loin de « Hétéroland » pour être entre soi, se rencontrer, réfléchir à la pauvre condition d'êtres humains hors de la norme sociale et aussi s'amuser. Une majorité de G, un peu moins de L et très peu de B et de T, qui restent la cinquième roue du carrosse. J'avais la lourde tâche de représenter le CARITIG, présent pour la première fois. L'ASB était aussi présente, en la personne de sa présidente.

Le dimanche 21, aux 3G, bar lesbien associatif, devant une quinzaine de personnes, je présentais l'association, ses activités, ses objectifs. J'exposais sa philosophie, la notion de transgenre et plus particulièrement les démarches médicales et juridiques des personnes transsexuelles et les problèmes qu'elles rencontrent, sujet très lourd. Je faisais face à un auditoire qui se montrait intéressé et réactif.

Tout au long de la semaine, la toute récente association Tirésias, groupe marseillais de jeunes chercheuses et chercheurs dont les recherches sont consacrées au genre et à la sexualité, animaient quatre ateliers dont un consacré à la transsexualité. Celui-ci, intitulé Hommes et femmes transsexuel.le.s : mise en conformité du corps au genre, avait lieu le jeudi 25 et était animé par Bénédicte Radal. Celle-ci a commencé par exposer l'enquête qu'elle a effectuée pour sa maîtrise d'ethnologie auprès de vingt personnes transsexuelles de la région de Marseille en développant 3 points :

S'en est suivi un débat qui a vu se confronter des points de vue opposés sur la transsexualité et la notion de transgenre. Natacha Taurisson et Sandrine Baumgartner (veuillez nous excuser si erreur dans l'écriture de son nom), présidentes respectivement de l'ASB et de l'AAT, reprenaient le discours traditionnel sur la transsexualité où on sent poindre l'essentialisme : c'est la conviction d'appartenir au sexe opposé à son sexe biologique et ce n'est qu'un état transitoire car on est avant tout un homme ou une femme. Pour ma part, je mettais en avant la notion de transgenre, vue comme voyage entre le masculin et de féminin. On peut choisir de s'arrêter dans ce voyage ou non, de faire un aller simple ou des allers et retours, l'essentiel étant de trouver une façon de vivre qui permette de s'épanouir. La transsexualité n'est pas transitoire car une personne transsexuelle, malgré toutes les contorsions mentales à lesquelles elle peut se livrer, ne peut pas oublier sa vie avant la transition : une socialisation dans un sexe contraire à un genre qui se révèle plus tard et des caractéristiques sexuées indésirables qui ne peuvent pas être gommées. Discours qui, par les quelques réactions que j'ai eu, trouve un écho positif.

Il est aussi intéressant de noter que pour une majorité de personnes, être transgenre, c'est être entre le masculin et le féminin, et que transgenre et transsexualité sont disjoints à leurs yeux. Les personnes transsexuelles se trouvent ainsi accusées de ne pas être du côté de la subversion des genres, de rester dans les stéréotypes et de reproduire par là les schémas de la domination masculine. Mais vu toutes les difficultés qu'elles rencontrent, sont-elles vraiment en mesure de jouer un rôle subversif ?

L'atelier a débordé d'une demi-heure les deux heures prévues et s'est terminé avec le témoignage émouvant d'un FTM en début de parcours qui vivait auparavant en Côte d'Ivoire et qui avait été emprisonné à cause de son identité. Les questions restaient nombreuses mais après un tel témoignage, elles semblaient bien vaines.

En dehors de cela, on pouvait constater pendant toute la semaine des UEEH que de nombreux gays aiment se travestir, certains de manière vraiment parodique mais d'autres de manière plus réaliste. Parmi les célébrités du milieu gay, il y a par exemple Mme H et les Soeurs de la Perpétuelle Indulgence. Queer est un mot à la mode, repris par Mme H dans sa Queer Factory, et permet de jeter un pont entre les lesbiennes et les gays d'une part et les trans d'autre part. Malgré tout, la notion de transgenre reste méconnue et il reste tout un travail d'information à accomplir.

Dominique Place
Trésorière du CARITIG

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Page mise à jour : mardi 17 août 2004 Page maintenue par : Charlène © 1997-2004 CARITIG