Alors que se jouait la finale de la coupe du monde qui a vu la victoire du Brésil sur l'Allemagne, se tenait le tout premier atelier spécifique pour les FTM au CGL. Malgré les circonstances étaient présentes une vingtaine de personnes, FTM ou non, dont Sandra Mansi et Kevin Persiaux du groupe Trans de l'association 360 de Genève et Flore-Aël Surun, jeune photographe qui a réalisé des portraits de FTM en 2001, portraits justement exposés en ce moment au CGL, ce qui fournissait un cadre idéal pour l'atelier.
Aucun thème n'était véritablement prévu pour ce premier atelier et la discussion s'est naturellement tournée vers les opérations. Sandra Mansi commence par présenter l'association 360 de Genève, ouverte à tous et qui chapeaute trois associations dont un pôle social, l'espace 360, qui comprend un groupe transsexuel. De façon logique on passe ensuite à la description de la technique de mastectomie du Dr Paul-Jean Daverio de Lausanne, illustrée par des photos. C'est une technique round-block qui laisse l'aréole vascularisée pour conserver sa sensibilité et éviter sa nécrose éventuelle après sa remise en place conforme à une poitrine masculine.
D'autres techniques sont évoquées toujours avec des photos à l'appui. Notamment des résultats catastrophiques d'un chirurgien français sont présentées avec de très longues et larges cicatrices. Il apparaît ainsi au cours de la discussion que le problème des cicatrices est crucial, celles-ci devant être aussi réduites que possible.
Autre point de discussion : faut-il retirer toute la glande mammaire ou non ? En laisser une partie permet d'éviter des creux inesthétiques mais le risque de cancer de sein du fait de la prise de testostérone ne peut pas être écarté à l'heure actuelle. Des études sont en cours pour préciser ce genre de risques.
Après le haut, le bas : la phalloplastie. Toujours à l'aide de photos, la technique dite "chinoise" est exposée : un lambeau de peau de l'avant-bras est prélevé avec toute sa sensibilité, c'est-à-dire l'artère radiale, la veine et les nerfs. Avec celui-là on forme un pénis que l'on va greffer dans la région pubienne en veillant bien à raccorder tous les nerfs et les vaisseaux sanguins pour la sensibilité. Les deux spécialistes européens les plus connus, le Dr Daverio et le Pr Monstrey de Gand, utilisent tous deux cette technique avec quelques différences qui restent néanmoins difficiles à cerner avec précision. Mais en tout état de cause, il faut encore considérer que la phalloplastie en reste au stade expérimental et que des évolutions souvent minimes mais réelles ont toujours lieu. La méthode chinoise semble être la meilleure et celle de la "poignée de valise" qui consiste à prélever du tissu sur l'abdomen pour former la verge est à fortement déconseiller comme la sensibilité de cette zone est moindre et que le nombril se retrouve excentré à la suite de l'opération.
La métodoioplastie est ensuite rapidement évoquée. Elle est développée surtout aux États-Unis comme alternative à la phalloplastie, les chirurgiens américains s'étant peu investis dans cette dernière, et elle commence à apparaître en Europe.
Pour terminer Armand Hotimsky présente des prothèses péniennes de toute sorte : les hollandaises apparues sur le marché en premier, des artisanales et des prothèses plus récentes dont il est le concepteur, réalisées dans un alliage de silicone, unique et plus réaliste, elles permettent le mouvement indépendant de la verge. Malheureusement vu leur prix, il ne fut pas possible de montrer les dernières prothèses australiennes qui seraient du point de vue esthétique les plus belles.
L'ensemble des participants s'est retrouvé dans un bar du coin autour de mousses, de cafés ou autres boissons pour poursuivre les discussions engagées. Ce premier atelier s'est tourné vers les problèmes "techniques" opératoires mais des thèmes consacrés au vécu personnel, au travail, aux relations affectives et familiales, aux traitements hormonaux, etc. seront sûrement abordés au cours des prochains ateliers. La liste est longue.
Dominique Place
Trésorière du CARITIG